S’inspirer d’ailleurs, réussir ici : le cas du groupe Les Colocs

Peu de gens le savent, mais la chanson Paysage du groupe québécois Les Colocs, dirigé par feu André "Dédé" Fortin, est directement dérivée du poème Paysage du poète français Charles Baudelaire.

Ce poème a aussi inspiré la production du film  Dédé, à travers les brumes, relatant le parcours du chanteur qui est disparu dans des circonstances tragiques. En effet, les paroles "à travers les brumes", sont reprises directement du poème de Baudelaire, dont vous trouverez une vidéo de la chanson et le texte ci-dessous.

De plus, le groupe Les Colocs, qui est reconnu pour sa large exploitation de différents genres musicaux, a incorporé à cette chanson des extraits en wolof, chantés par les frères Diouf, originaires du Sénégal. En incorporant des choristes africains dans son groupe, le chanteur Dédé Fortin est certainement un précurseur de ce que j’appelle le Québec des possibles.

Je vous rappelle d’ailleurs que c’est au Sénégal que la bannière québécoise de café-bistrots, Presse Café, a décidé d’ouvrir une nouvelle succursale cet automne.

Et vous, connaissez-vous d’autres exemples d’entrepreneurs qui se sont inspirés d’ailleurs pour réussir ici?

PAYSAGE par Charles Baudelaire

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.

II est doux, à travers les brumes, de voir naître
L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
L’Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.

        Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
"Et la lune verser son pâle enchantement"

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